10.12.2007
SLOGAN MISOGYNE
Entre les annonces sur l’égalité professionnelle du lundi et celles sur le pouvoir d’achat du jeudi, la sollicitude pour les femmes n’aura pas duré 3 jours. Travailler plus ? Le gouvernement Sarkozy devrait le proposer aux 900 000 femmes en temps partiel contraint qui, par exemple dans le secteur des aides à la personne, ne parviennent pas à dépasser 15 heures par semaine. Elles ne demandent qu’à travailler davantage ! Mais ce ne sont pas elle qui décident !
Et quant à celles qui travaillent à temps plein et cumulent déjà une double journée, entre boulot, enfants et tâches domestiques, comment vont-elles trouver le temps de faire des heures supplémentaires ? Il leur reste encore la nuit et le dimanche. La droite propose de « libérer » le travail le dimanche. Ce sont principalement les métiers du commerce qui sont visés, ceux dans lesquels les femmes sont nombreuses. Elles apprécieront et les enfants aussi ! « Travailler plus pour gagner plus » mériterait bien d’être nominé aux oscars du slogan misogyne.
LAURENCE ROSSIGNOL, SECRETAIRE NATIONALE CHARGEE DES DROITS DES FEMMES
14:40 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.12.2007
MOBILISATION CONTRE LA CARTE JUDICIAIRE
lES PROFESSIONNELS DE LA JUSTICE SE SENTENT PRIS DANS L'ETAUT DE L'EXECUTIF
- La ministre a manifestement la volonté de minimiser l'importance de cette journée. Je ne sais pas quel est le but poursuivi, sans doute la volonté de faire passer le message que sa réforme n'est pas si rejetée que cela. Le Syndicat de la Magistrature ne partage pas cet avis. La journée du 29 a été l'occasion d'une mobilisation unitaire comme on en voit rarement : au-delà de la manifestation à Paris, il y a eu dans toutes les régions et les juridictions du pays une mobilisation intersyndicale commune avec les barreaux. Dans de nombreux tribunaux, les audiences ont été renvoyées. Le chiffre de 21% de grévistes, avancé par la Chancellerie, n'a pas été atteint depuis longtemps. Or le recensement a été minimisé pour les magistrats : les chefs de juridiction n'ont pas voulu comptabiliser les magistrats en grève. Nous avons donc des chiffres faux. Je connais certaines juridictions où une dizaine de magistrats étaient effectivement en grève, contre seulement deux selon les chiffres officiels. Il y a volonté de minimiser le mécontentement. Sur ce point, la Garde des Sceaux est un peu autiste : rarement une réforme a été autant décriée, par les magistrats, les avocats, les personnels de justice, les élus – y compris UMP. C'est une réforme technocratique, imposée d'en haut, sans débat, sans dialogue, sur une question complexe qui mérite réflexion et concertation.
par Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la Magistrature (SM).
L'intersyndicale formée par le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) et trois organisations de greffiers a appelé mercredi au "blocage administratif des juridictions" pour poursuivre la protestation contre la réforme de la carte judiciaire lancée par Rachida Dati.
"On demande son retrait mais aussi de pouvoir reprendre les discussions", a déclaré à l'AFP la secrétaire générale du SM, Hélène Franco, qualifiant d'"occasion historique manquée" la réforme, décidée sans concertation selon ses opposants.
Le projet de la garde des Sceaux va entraîner la suppression de plus de 300 juridictions (23 tribunaux de grande instance, 178 tribunaux d'instance, 55 tribunaux de commerce et 63 conseils de prud'hommes).
14:27 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.12.2007
LES MOTS POUR EN PARLER
SAURAI-JE PARLER DU SIDA
UN médecin face à la banalisation
de Marina Karmochkine
Cet ouvrage est le témoignage d'un médecin qui évoque la réalité de son métier au sein d'un service d'immunologie
Il tord le cou aux croyances erronées : non, les trithérapies ne guérissent pas les malades ; oui, il est possible d'avoir des enfants séronégatifs si la mère est séropositive, etc. Ce livre est un cri d'alarme destiné à tous les publics : parents, adolescents, hommes et femmes, nous sommes tous concernés par la maladie. Parce que le Sida tue encore.
Elle porte aussi un message d'espoir. Une prise de médicaments régulière, une détection rapide du VIH donnent plus de chances aux malades de vivre correctement.
Reste que la mort et la douleur ne sont jamais loin. Le sida ne doit plus souffrir de banalisaton.
00:02 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.11.2007
Mort de FRED CHICHIN DES RITA MITSOUKO
Fred Chichin n'est plus et laisse orphelin les Rita Mitsouko. L'auteur-compositeur-interprète est décédé ce mercredi matin des suites d'un cancer foudroyant. Il était hospitalisé depuis plusieurs semaines et avait dû renoncer à la tournée des Rita Mitsouko.
Rarement couple ne fut aussi uni, tant à la vie qu'à la scène. Depuis près d'un quart de siècle, Fred Chichin et Catherine Ringer, alias les Rita Mitsouko, promène un son rock déjanté et ludique sur toutes les scènes d'Europe.
Découverts en 1985 grâce au tube Marcia Baïla, les deux complices ont depuis continué à nous faire danser et chanter avec une musique éclectique et un look digne des cartoons les plus loufoques. Colorés, métissés, nouveaux, uniques, hors-la-loi, les qualificatifs sont innombrables pour parler des Rita. Un duo de charme et de choc...
FRED CHICHIN
Né à Clichy, près de Paris, le 1er juin 1954, Fred Chichin aura une enfance similaire. De ses parents italiens et communistes militants, il apprend le même goût de la liberté et de l'indépendance, qu'il exprime dès son plus jeune âge par le biais de la création artistique.
Cinéma, musique et théâtre le passionnent, et Fred fait son école dans les voyages et les groupes de rock éphémères. L'un d'eux, en pleine mouvance punk, le mènera même sur la scène du Gibus, célèbre boîte parisienne.
Lorsqu'il rencontre Catherine, il en tombe rapidement amoureux. Le couple forme un premier projet professionnel en commun, celui d'accompagner la danseuse Marcia Moretto. Le décès tragique de cette dernière est à l'origine de l'immense succès du duo qui naît en novembre 1980.
Jazz, rap, chanson française, rock, tous les styles cohabitent avec splendeur pour créer une musique unique et de renommée internationale. Rita Mitsouko est désormais un groupe reconnu, qui n'a plus rien à prouver et dont le rythme de production n'obéit plus qu'à deux impératifs: le plaisir et l'éclectisme.
Marcia Baïla, C'est comme ça, Les histoires d'A, Jalousie, Andy, ... sont autant de mini-révolutions dans le monde parfois bien sage de la chanson francophone. Les Rita Mitsouko ont définitivement acquis ce grain de folie et d'intelligence qui les rendent éternellement novateurs.
19:35 Publié dans Tristesse | Lien permanent | Commentaires (387) | Envoyer cette note
BANLIEUES
A Villiers-le-Bel, où 30% des 16-25 ans sont sans emploi, "rien n'a été fait" pour les jeunes depuis l'explosion des banlieues en 2005, estime la directrice de la Mission Locale Val d'Oise-Est, Marie-Michelle Pisani, confrontée à une "désespérance" difficilement imaginable.
En 2006, près d'un quart des jeunes de Villiers-le-Bel appartenant à cette tranche d'âge (1.347, soit 24%) ont eu un "contact" avec la Mission locale, dont l'objectif est de réinsérer les 16-25 ans déscolarisés et sans emploi.
"Je ne suis pas étonnée par les violences, ça fait très longtemps qu'on sent que ça va exploser, il y a une telle désespérance, le sentiment que l'avenir est bouché", explique Marie-Michelle Pisani.
"On est confronté à des situations gravissimes tous les jours, notamment via le 'point santé' de la Mission, animé par un psychologue clinicien où la dimension de la souffrance qui s'exprime est énorme", confie-t-elle.
Depuis 10 ans, elle accueille, remotive, et tente de réinsérer, par la formation ou l'emploi, des jeunes qui cumulent plus de marqueurs de précarité et de pauvreté qu'ailleurs.
Alors que le taux de chômage des jeunes actifs français s'élève à 22% en moyenne (17,4% dans l'Union européenne), à Villiers-le-Bel, "30% des 16-25 ans" sont sans activité, "et certainement plus encore" dans les quartiers où a eu lieu l'accident qui a déclenché les flambées de violence, selon elle.
"Les jeunes se radient eux-mêmes (de l'ANPE) car ils ne vont pas s'inscrire ou ne se réinscrivent pas. Ils n'y trouvent que des contraintes", ajoute-t-elle. "Pourtant, lorsque les entreprises viennent faire des opérations de recrutement, elles les trouvent très bien, très motivés". "La dernière fois, Securitas a recruté dix personnes et a emporté six CV de plus (...) Ils avaient envie de faire quelque chose pour eux".
34% des enfants en retard scolaire au collège
Autre indicateur révélateur: dans cette ville, plus du tiers (34%) d'une génération d'enfants arrive au collège déjà en retard scolaire, un chiffre supérieur de plus de 11 points à la moyenne académique. Mme Pisani salue néanmoins l'"excellent travail" de l'éducation nationale pour repérer précocement les "décrocheurs" et éviter la déscolarisation avant 16 ans.
Depuis 2005, "on nous avait annoncé un plan Marshall (pour les banlieues), mais je n'ai vu aucun changement", dit-elle. "De nombreuses associations qui entretenaient le lien social dans les quartiers ont vu leurs financements diminuer".
Déficit de formation
Une mission "emploi-quartier" a "confirmé que l'ANPE ne rencontre que 15% des jeunes" et ce qui "scandalise" le plus Mme Pisani, "c'est le déficit d'offre de formation". "Sur notre territoire (41 communes), 76% des jeunes que nous orientons en formation choisissent des formations linguistiques, pour apprendre à bien communiquer en français, ce qui est le premier acte d'insertion dans la vie professionnelle".
Mais "les formations proposées sont de plus en plus destinées à des gens capables de s'exprimer. On n'a aucun outil pour des gens 'non communicants' ", se désole-t-elle. Et le budget formation 2007-2013 ne présente presqu'aucune amélioration.
"En 2003-2004, déjà, toutes les Missions Locales d'Ile-de-France s'étaient rassemblées pour réclamer un plan d'urgence pour la jeunesse, aujourd'hui il faudrait plus qu'un Grenelle. Vous ne pouvez pas mesurer la dimension de désespérance ici".
19:29 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
23.11.2007
Rachida Dati ou l’injustice à la carte
Pour André Vallini, secrétaire national PS à la justice, la Garde des Sceaux fait fausse route dans sa refonte de la carte judiciaire : absence de concertation, suppressions arbitraires de tribunaux, atteintes à la justice de proximité. Une réforme inéquitable et à contresens.
La justice doit évoluer avec son temps. Il lui faut répondre aux besoins sociaux et sociétaux qui s’expriment dans notre société. Elle doit aussi prendre en compte les évolutions démographiques du pays.Il convient donc de revoir la carte judiciaire, mais seulement après avoir revu l’organisation de la justice.
Comment Rachida Dati a-t-elle procédé ?
La Garde des Sceaux a pris le problème à l’envers. Il fallait d’abord reconsidérer l’architecture de la justice,revoir la répartition des contentieux entre tribunaux d’instance et tribunaux de grande instance, entre juridiction civile et prud’homale. La bonne marche à suivre aurait consisté à revoir dans un premier temps l’ensemble de l’organisation judiciaire pour en déduire la nouvelle carte de la justice sur le territoire.
Que peut-on dire de la méthode utilisée ?
Rachida Dati a adopté une méthode détestable. Le comité consultatif n’a été réuni qu’une seule fois. Les parlementaires n’ont pas davantage été concertés. De plus, Rachida Dati n’a tenu aucun compte des rapports des chefs de cours. Elle fait un tour de France pour présenter sa réforme, mais quand elle arrive dans une région, ce n’est pas pour ouvrir une concertation mais pour asséner des décisions.
Quelles vont être les conséquences de cette réforme ?
Avec la fermeture de près de 200 tribunaux d’instance, c’est la justice de proximité qui sera la plus touchée, celle des gens modestes, de la France des cantons et des banlieues. C’est la justice du surendettement, des loyers impayés, des pensions alimentaires, des tutelles, celle des consommateurs.D’ailleurs l’association UFC-Que choisir est vent debout contre cette réforme. Les usagers vont être obligés de faire une cinquantaine de kilomètres pour se rendre au tribunal.. Cette nouvelle carte judiciaire risque de créer des déserts judiciaires. Pourtant, dans certaines régions, il aurait fallu au contraire construire de nouveaux tribunaux. Notamment dans les banlieues.
Qu’aurait proposé le Parti socialiste s’il avait accédé au pouvoir ?
Le service public de la justice pourrait se déployer sur trois niveaux. Au premier étage, des maisons de la justice et du droit avec des guichets uniques regroupant les opérations des greffes de toutes les juridictions civiles, pénales et administratives. Au deuxième niveau, nous proposons la création de tribunaux de première instance généralistes qui seraient implantés en vertu de critères démographiques mais aussi géographiques. Enfin, à l’étage supérieur se trouveraient des pôles spécialisés dans des contentieux très spécifiques. On pourrait par exemple imaginer un pôle spécialisé dans les questions de pollution maritime, présent à Brest et Bordeaux, un autre dévolu à la délinquance financière à Paris, Lyon et Marseille. Cette réorganisation aurait pris un an, le Parlement y aurait été associé et une loi aurait été votée. Ce n’est qu’une fois cette loi votée que l’on aurait redéfini la répartition des tribunaux, en concertation avec les élus locaux.
11:13 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
22.11.2007
LA CARTE JUDICIARE
Réunis à Paris à l’occasion du congrès des maires de France, les élus socialistes en profitent aujourd’hui pour se rendre place Vendôme protester contre la réforme de la carte judiciaire.Le 29 novembre, ce sont les magistrats, bâtonniers, avocats et personnels de justice qui feront grève et manifesteront contre la réforme de Rachida Dati. Les devançant d’une semaine, des élus socialistes, François Hollande en tête, iront protester devant le ministère de la Justice cet après-midi. Une manifestation inhabituelle, afin de dénoncer une atteinte à la « justice de proximité » pour de simples raisons « comptables ».
La manifestation est organisée aujourd’hui, car près de 14.000 élus sont déjà réunis à Paris pour le congrès de l’Association des maires de France. Les socialistes ont invité les autres élus à les rejoindre, ils pourraient être entendus.
La réforme de la garde des Sceaux prévoit la suppression de 63 des 271 conseils de prud’hommes, de 23 des 181 tribunaux de grande instance, de 176 des 473 tribunaux d’instance et de 55 des 160 tribunaux de commerce. Dans les villes concernées par ces suppressions, les élus locaux ne décolèrent pas contre la ministre. Et les maires UMP craignent particulièrement les effets collatéraux que la réforme pourrait avoir aux élections municipales de mars prochain.
Dans les allées du congrès de l’AMF, ils étaient nombreux à dénoncer hier le manque de concertation de la ministre et à réclamer le maintien des services publics en milieu rural. Le président de la Fédération des maires de villes moyennes, Bruno Bourg-Broc, maire UMP de Châlons-en-Champagne, réclamait même « une intervention rapide du Premier ministre ».
Pour calmer les esprits, le ministère a annoncé qu’il pourrait revenir sur les suppressions de conseils de prud’hommes et que les concertations se poursuivraient pendant trois mois. Mais le couperet tomberait alors pour les élus quelques semaines à peine avant les municipales.
09:50 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
ADOS "grande souffrance".
Un rapport remis hier lors de la Journée internationale des Droits de l’Enfant a avancé le chiffre de 900.000 adolescents en "grande souffrance". La Défenseure des enfants Dominique Versini préconise l’ouverture d’un "chantier national"
L’étude souligne ainsi que les conduites à risques commencent très tôt et tendent de plus en plus vers les extrêmes : 28% des 15-19 ans sont des adeptes du "binge drinking", cette habitude qui consiste à boire jusqu’à n’en plus pouvoir, frôlant parfois le coma éthylique. Un adolescent sur dix prend des médicaments pour dormir. Et le suicide, plus important chez les jeunes filles, est la deuxième cause de mortalité chez les 15-25 ans, derrière les décès causés par l’alcool au volant.
Les ados avec des problèmes psychiques multiplient les conduites à risques comme la combinaison alcool-tabac, ou la violence pornographique. Ils s’imposent également des souffrances physiques, de la scarification (11% des filles sont touchées contre 6% des garçons) à la boulimie, en passant par l’anorexie, qui influent fortement sur leurs relations sociales (absentéisme voire phobie scolaire, isolement).
Mieux vaut prévenir que guérir
Le rapport de Dominique Versini, ancienne directrice du Samu social et Défenseure des enfants depuis l’an dernier, montre du doigt toutes les insuffisances françaises en matière d’écoute, d’aide et de prise en charge des ados en difficultés. Ainsi, le seul numéro de service aux ados, Fil Santé Jeunes, devient payant si on l’appelle d’un portable et les médecins scolaires sont trop peu nombreux. Manque d’écoute, manque d’orientation, le système mérite d’être amélioré.
Dominique Versini préconise ainsi l’ouverture d’un grand chantier national qui devra répondre au manque de psychiatres -800 postes ne sont pas pourvus - et de lits d’hospitalisation dans des centres médico-psychologiques.
L’accent doit aussi être mis sur l’ouverture d’une Maison des adolescents dans chaque département, alors que seulement 18 de ces établissements couvrent actuellement l'ensemble du territoire. Car sans prévention, seul le passage à l’acte permet de diagnostiquer des troubles psychiques. Et souvent, il est déjà trop tard.
11:40 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
20/11/2007
20.11.2007 Aujourd'hui
Quand la manifestation des fonctionnaires - qui dénoncent la suppression des effectifs et réclament la revalorisation du pouvoir d'achat - rencontre celle des cheminots, en grève depuis sept jours contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, ainsi qu'une partie des étudiants, hostiles à celle de l'autonomie des universités, c'est un mardi noir pour la France... et le point d'orgue d'une fronde sociale anti-Sarkozy.
Suivie par les deux principaux syndicats de médecins des hôpitaux, déterminés à défendre le service public hospitalier, la grève rencontre également la participation de certains aiguilleurs du ciel, d'EDF-GDF, de France Télécom, de la Banque postale ou encore de Météo-France.
Et demain ? Les organisations syndicales ont prévu de se retrouver au soir du 20 novembre, afin de faire le point sur la portée du mouvement... et, éventuellement, d'"envisager les suites" de la contestation.
23:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17/11/2007
Mort du cinéaste Pierre Granier-Deferre
Le réalisateur Pierre Granier-Deferre est décédé vendredi à l'âge de 80 ans.
Il fut le réalisateur et le scénariste de grands classiques du cinéma français comme "la Veuve Couderc", "La race des seigneurs", "le Train" ou "L'Etoile du Nord."
Pierre Granier-Deferre reçut un César pour son film "Une étrange affaire" avec Nathalie Baye, Michel Piccoli et Gérard Lanvin.


Pierre Granier Deferre était un cinéaste classique, raconteur d'histoires, qui a mis en scène les plus grandes vedettes des années 1960 et 1970 comme Jean Gabin, Simone Signoret ou Romy Schneider.Très tôt passionné de films, notamment "Goupi-Mains rouges" de Jacques Becker qui lui "donne envie de faire du cinéma", il entre à l'IDHEC où il est "reçu quinzième et dernier", racontait-il.
Il sera longtemps assistant de Marcel Carné ou Jean-Paul Le Chanois notamment, qui lui apprennent "l'éthique et l'exigence". "A cette époque, l'assistant participait vraiment à la mise en scène. J'ai pu apprendre ce qu'il ne fallait pas faire", expliquait-il dans une interview.
Pierre Granier-Deferre réalise son premier grand film en 1962, voit la naissance de la Nouvelle Vague qui ne lui convient pas et signera pas moins de 25 longs métrages dans les trente années qui suivent.
Il fait alors tourner toutes les stars du temps, Gabin, Signoret, Delon, Lino Ventura, Romy Schneider, Piccoli, Noiret, Rochefort ou Nathalie Baye, des vedettes dont il disait : "Je travaille avec des stars pour mieux me cacher derrière elle".
Par delà les histoires qu'il met en scène, tirées souvent de romans comme ceux d'Alphonse Boudard, René Fallet, Drieu la Rochelle, Jean-Marc Roberts et surtout Simenon qu'il adorait, le cinéaste s'intéresse à l'affrontement psychologique des personnages, l'ambiguïté des comportements.
"Ce qui m'intéresse, c'est la folie ordinaire des hommes, celle que chacun porte en soi et qui affleure au moindre événement. Je ne méprise pas l'action mais j'ai un penchant pour la psychologie. Je suis un cinéaste de chambre", confiait-il un jour.

19:50 Publié dans TRISTESSE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15/11/2007
NOUS NOUS SOMMES TANT AIMES
Nous nous sommes tant aimés (C'eravamo tanto amati) est un film italien réalisé par Ettore Scola, sorti en 1974.
30 ans d'histoire italienne au quotidien 1945- 1975
Trois amis trois résistants
Italie, 1944. Gianni, Nicola et Antonio se lient d'amitié alors qu'ils ont pris le maquis pour combattre les Allemands. Lorsque sonne l'heure de la libération, un monde nouveau s'offre à eux. Militants fervents, pleins de rêves et d'illusions, les voici prêts à faire la révolution. Mais la vie les sépare alors qu'on célèbre la chute du régime fasciste et l'avènement de la République. Tous trois, à des périodes différentes, vont avoir une aventure avec Luciana, aspirante actrice. Nicola, qui aspirait à être critique de cinéma, devient enseignant dans une obscure province et finira par abandonner sa famille ; Antonio devient brancardier dans un hôpital romain, y rencontre Luciana qu'il épouse et va continuer, avec elle, à lutter pour ses droits ; Gianni, avocat en quête de clients à Milan, épouse Elide, la fille d'un grossier parvenu, puis se retrouve veuf. Par hasard, tous trois se rencontrent mais la communication entre eux est devenue bien différente de celle de leur jeunesse : « Nous voulions changer le monde, mais le monde nous a changés ! » déclare l'un des protagonistes...
Une satire avec beaucoup d'humour, de tendresse , de mélancolie
Par le biais de la participation de Nicola (Stefano Satta Flores) à un jeu télévisé dont les questions portent sur le cinéma, Ettore Scola profite de son film pour « tirer un coup de chapeau » à quelques monuments du cinéma, savoir Le Cuirassé Potemkine, Partie de campagne, La Porte du ciel (La Porta del cielo de De Sica), Le Voleur de bicyclette, Mademoiselle Julie (Fröken Julie de Sjöberg), La Dolce vita , L'Année dernière à Marienbad et L'Éclipse (L'Eclisse d'Antonioni).
- 1975 :
- Ruban d'argent de la meilleure actrice dans un rôle secondaire pour Giovanna Ralli
- Ruban d'argent du meilleur acteur dans un rôle secondaire pour Aldo Fabrizi
- Prix d'or du meilleur réalisateur au Festival international du film de Moscou pour Ettore Scola
- 1977 : César du meilleur film étranger pour Ettore Scola
- Nino Manfredi : Antonio
- Vittorio Gassman : Gianni Perego
- Stefania Sandrelli : Luciana Zanon
- Stefano Satta Flores : Nicola Palumbo
- Giovanna Ralli : Elide Catenacci, fille de Romolo
- Aldo Fabrizi : Romolo Catenacci
- Federico Fellini : lui-même
- Marcello Mastroianni : lui-même
- Vittorio de Sica : lui-même
17:39 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11/11/2007
La peur, raison d’être du ministère de Brice Hortefeux
Le bilan du ministère de l’Immigration, de l’Identité nationale, de l’Intégration et du Codéveloppement, que Brice Hortefeux présente ce matin, est d’abord et avant tout celui d’une «culture de la peur» qui affecte très certainement toutes les démocraties occidentales, mais qu’il aura exemplifié et amplifié, à plus d’un titre, depuis sa formation.
Amalgame. D’abord, l’annonce et la promesse fracassante de sa création ne sont pas séparables d’une stratégie électorale qui aura consisté depuis le début à focaliser sinon détourner l’attention d’une partie de l’électorat sur ce que le sociologue Zygmunt Baumann appelle des «cibles de substitution», dans un étrange amalgame qui mêle, depuis toujours, immigration et délinquance. Elle aura consisté à institutionnaliser l’idée que les immigrés constituent une «menace» pour une «identité nationale», qu’elle aura voulue homogène et repliée sur elle-même, dans le déni de son hétérogénéité constitutive. Elle aura parié ainsi sur les effets électoraux de «la peur des étrangers».
Mais il faut aller plus loin : s’il est vrai que cette peur désigne la raison d’être de ce ministère, le génitif doit y être entendu au double sens d’un génitif subjectif et objectif. La peur, ce n’est pas seulement celle que l’on prête aux citoyens ayant droit de cité et à leur supposé besoin de sécurité et d’identité, dans une dangereuse confusion. C’est aussi et prioritairement celle des étrangers eux-mêmes – ceux qui voient s’aggraver, année après année, les règles d’une hospitalité devenue de plus en plus conditionnelle.
Ce qu’il faut comprendre alors, c’est le caractère anxiogène de ces conditions, telles qu’elles ont été proposées et votées, que celles-ci portent sur la langue, sur la culture ou sur la famille. Qu’il s’agisse d’entrer ou de rester sur le territoire, être étranger signifie aujourd’hui, en France, vivre dans la crainte de ne pas ou de ne plus remplir ces conditions, et donc vivre dans la terreur des expulsions, comme l’a rappelé, ces derniers mois, la récurrence d’actes désespérés (la défenestration de Chulan Liu le 20 septembre et celle du jeune Ivan, le 9 août, et encore mardi celle d’un jeune Sénégalais à Marseille).
Telle est, au demeurant, la raison ultime de l’acharnement gouvernemental à maintenir l’amendement sur les tests ADN : prouver qu’il n’est pas disposé à reculer sur le front de l’accroissement des conditions. Parier sur la crainte, comme le fait la politique de l’immigration que ce ministère a reçu mission de promulguer et de faire appliquer par une administration soumise à la pression de quotas imposés, c’est donc parier, comme l’aura toujours fait toute culture de la peur, sur son caractère dissuasif.
Frontière. Reste alors une dernière forme d’inquiétude : celle qui devrait affecter en droit tous les citoyens qui assistent impuissants à l’aggravation de ces conditions. Ce que celle-ci affecte, en effet, ce n’est rien d’autre que la frontière infiniment fragile qui sépare la démocratie des régimes dont, par essence, elle doit rester distincte. En démocratie, la souveraineté ne reste démocratique que tant qu’elle n’est soumise à aucune condition d’appartenance (que celle-ci soit d’ordre ethnique, linguistique, culturel ou autre). C’est ce principe qui est aujourd’hui remis en question.
MARC CRÉPON
20:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09/11/2007
Tuberculose et sida, une association meurtrière
ce 8 novembre au Cap, en Afrique du Sud. Pendant 5 jours, les délégués d'une centaine de pays vont se pencher sur les nouvelles formes résistantes de la tuberculose, mais aussi sur ses interactions avec le VIH.
Avec 3 millions de morts par an, la tuberculose est parmi les maladies les plus meurtrières de la planète.
2 millards de personnes sont porteuses du bacille de la tuberculose, mais la maladie ne se déclare que chez un porteur sur dix.
La progression de nouvelles formes résistantes aux traitements et la propagation du virus du Sida inquiètent sérieusement les 3000 spécialistes, réunis cette fin de semaine dans la ville du Cap.
37 pays ont enregistré aujourd'hui des cas de tuberculose ultra-résistante (TB-UR) et multirésistante (TB-MR) aux antibiotiques.
Un tiers des 40 millions de malades du Sida (VIH) seraient également atteints de tuberculose.
Le besoin de nouveaux moyens de prévention, de dépistage et de médicaments est devenu la priorité des médecins.
Aucun nouveau traitement contre la tuberculose n'a été mis sur le marché depuis 40 ans.
Léopold blanc Coordinateur de la stratégie de lutte contre la turberculose à l'OMS
« La tuberculose a deux aspects : celui relativement optimiste des pays où la maladie est en régression et celui beaucoup plus pessimiste en Asie, en Afrique et en Europe de l'Est. »
Maladie de la pauvreté
La tuberculose est une maladie infectieuse, provoquée par le bacille (bactérie en forme de bâtonnet) de Koch. Elle se transmet par voie orale : parole, toux, éternuement. Elle peut atteindre d'autres organes que le poumon.
Maladie de la promiscuité et de la pauvreté, le risque de contamination dans une famille vivant sous le même toit est de 30%.
Les déplacements de personnes, en raison des conflits et des catastrophes naturelles, sont des facteurs de propagation.
Le coût des traitements, leur lourdeur mais aussi la fragilité des structures de santé des États, l'absence de laboratoires spécialisés contribuent à ce que les malades atteints de tuberculose abandonnent les soins et développent des résistances.
Tuberculose et sida, l’urgence sanitaire est là !
13:36 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
04/11/2007
Rentré d'Abéché juste avant les arrestations, un médecin décrit l'action de L'Arche de Zoé
Pendant deux mois, une quinzaine de médecins, d'infirmières et de pompiers secouristes français se sont relayés pour soigner les enfants regroupés dans le camp de L'Arche de Zoé à Abéché, dans l'est du Tchad. Parmi eux, Dominique Gladin, médecin urgentiste à l'hôpital d'Argenteuil, s'est occupé du petit dispensaire entre le 3 et le 20 octobre, dans le cadre d'une action humanitaire bénévole. Il l'a échappé belle : "Il était prévu que j'accompagne les enfants dans l'avion qui les transporterait en France. L'opération a pris du retard, et je suis rentré seul car je devais reprendre mon travail à Argenteuil. Si l'équipe avait tenu son planning, je serais en prison au Tchad en ce moment", dit-il.
Au début, tout semblait simple. Au cours de l'été, le docteur Gladin entend des amis médecins parler d'une mission de courte durée au Tchad et se porte volontaire : "La proposition venait de collègues sérieux. En plus, les pompiers d'Argenteuil, avec qui je travaille régulièrement, connaissaient l'association et la soutenaient."
Le docteur Gladin est persuadé d'avoir fait du bon travail : "Les médias disent que les gamins sont en bonne santé, mais ils oublient de préciser que c'est grâce à nous : quand ils nous arrivaient, beaucoup étaient malades ; nous les avons soignés. A son arrivée, chaque enfant était ausculté, on lui posait un petit bracelet pour l'identifier, on constituait son dossier médical."
Le travail était épuisant, mais l'ambiance excellente : "Les habitants du voisinage nous connaissaient et nous appréciaient." L'équipe fréquentait également le contingent de l'armée française basé à Abéché : "Il y avait un poste de télé au mess des officiers ; nous sommes allés voir la demi-finale de la Coupe du monde de rugby. Eux aussi venaient chez nous, pour discuter ou boire un coup."
SITUATION INEXTRICABLE
Peu à peu, le docteur découvre le fonctionnement de l'équipe : "Nadia, l'infirmière, travaillait avec moi, elle faisait bien son boulot. "Doudou" (Dominique Aubry), le pompier de Narbonne, s'occupait de la logistique, il a été très efficace."
Eric Breteau, le chef, était constamment en déplacement, mais Dominique Gladin a discuté quelquefois avec lui, pendant le dîner : "J'ai tout de suite vu que c'était un fonceur, qu'il irait jusqu'au bout. Son charisme est évident ; il a une forte influence sur son entourage. En même temps, il est calme, chaleureux, et sait écouter les autres. Quand il m'a expliqué qu'il voulait emmener une centaine d'orphelins soudanais en France, je n'ai pas porté de jugement, ce n'est pas mon rôle. Je me suis simplement dit que ce serait très compliqué, mais que seul un type de cette trempe pourrait peut-être réussir un coup pareil."
Il remarque aussi le rôle essentiel joué par Emilie Lelouch, 30 ans, l'amie d'Eric Breteau : "Elle gérait l'antenne de l'association à Adré, près de la frontière avec le Soudan, à sept heures de piste d'Abéché. Elle était en contact direct avec les tribus et les responsables des camps qui lui amenaient des enfants. Tous les gamins transitaient par elle. Elle constituait un petit dossier pour chacun, avec son nom, le nom de l'adulte qui l'avait amené, sa situation familiale, son village d'origine, etc. Ce sont des documents précieux. J'espère qu'ils referont surface. Ils permettront d'éclaircir beaucoup de choses."
Avec le recul, il estime que L'Arche de Zoé essayait de travailler le plus sérieusement possible, mais que la situation sur le terrain était inextricable : "Parmi les enfants qui sont arrivés jusqu'à mon dispensaire, certains sont repartis après quelques jours. Apparemment, on s'était aperçu qu'ils n'étaient pas orphelins, et ils ont été rendus."
Difficile également de déterminer la nationalité de certaines communautés : "Entre le Tchad et le Soudan, il y a un no man's land, une longue bande de 30 kilomètres de large, qui est habitée. A quel pays appartiennent ces gens ?"
Aujourd'hui, en tant que médecin, il s'inquiète avant tout pour Jacques Wilmart, le pilote belge, âgé de 75 ans, ancien commandant de Boeing 747 pour la Sabena. Il pilotait le petit avion de sept places acheté par l'association pour transférer les enfants d'Adré vers Abéché : "C'est un vrai "pro", impeccable. C'est aussi un chic type. Il connaît bien l'Afrique, il était aux anges. Pour lui, c'était une dernière occasion de se rendre utile en faisant ce qu'il aimait."
10:34 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
03/11/2007
Les mal-logés dans l'impasse
Fermement évacués la veille et l'avant-veille par les forces de l'ordre, la plupart des mal-logés qui campaient depuis début octobre sur ce trottoir parisien se sont «retranchés» dans les locaux du ministère de la crise du logement, entre 150 et 200 personnes selon le DAL. «Légalement, les forces de l'ordre n'ont pas le droit d'intervenir à l'intérieur de l'immeuble, donc pour les mal-logés qui campaient dans la rue, ici il y a un côté "résidence diplomatique"», explique Fanny, membre de Jeudi noir, l’association à l’origine de l’occupation de l’immeuble en décembre dernier.
Peine perdue. Il n’est pas impossible que Christine Boutin doive faire face à une nouvelle action des Enfants de Don Quichotte. Fin septembre, Augustin Legrand avait annoncé de nouvelles tentes sur et autour du Pont des Arts. «On va essayer de mettre des gens à l’abri cet hiver, vers la mi-novembre», assure-t-il aujourd’hui, en dépit de «l’argent qu’il faut trouver pour acheter des tentes» et des «maraudes à lancer.» L’acteur engagé, qui se réjouit «du front commun associatif» qui s’organise, compte bien ne pas lâcher la pression : «7 000 personnes dorment dehors à Paris. Ces gens sont désespérés. Sur les 27 000 places promises en janvier par Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Cohésion sociale, il en manque 14 000. S’il faut faire un hiver 54 tous les ans, on le fera.»
00:14 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30/10/2007
L'Arche de Zoé au Tchad: ce que Paris savait
Alors que les autorités françaises étaient au courant du projet depuis cet été, pourquoi ne l'ont-elles pas empêché?
La France doit les faire rentrer
Dix-sept personnes (neuf Français, sept Espagnols et un Belge) accusées de trafic d'enfants étaient toujours en garde à vue, lundi à Abéché, au Tchad. Les volontaires de l'Arche de Zoé étaient en effet sur le point d'exfiltrer 103 enfants réfugiés du conflit du darfour voisin pour les placer dans des familles d'accueil françaises et ce afin "d'attirer l'attention sur le conflit".
Les enfants ont été recueillis dans un orphelinat d'Abéché, où des représentants de l'ONU et de la Croix-Rouge tentent de déterminer leur nationalité et s'ils sont réellement orphelins, comme l'avance l'association. Pour son avocat, Me Gilbert Collard:
"Il n'y a pas eu d'enlèvements. Ce qu'on peut concéder, c'est qu'il y a eu un irrespect anarchique d'un formalisme humanitaire. Les familles d'accueil ne sont pas des familles de pédophiles (comme l'a évoqué le président tchadien, ndlr). Cette exagération montre à elle seule à quel point on est dans une affaire où on a malheureusement une dimension politique qui nous échappe."
De son côté, l'ambassadeur de France au Tchad, Bruno Foucher, prend ses distances avec les humanitaires:
"C'est une opération complètement illégale. Les membres de Children Rescue (le nom adopté par l'Arche de Zoé au Tchad, ndlr) qui ont participé à l'ensemble de cette manipulation illégale répondront de leurs actes au Tchad."
Reste à savoir pourquoi les autorités françaises ne sont pas intervenues en amont.
1 Que savait l'Etat français?
Tout, ou presque tout. Dès le début de l'été, les agissements de l'association alertent le ministère des Affaires étrangères. Il faut dire que depuis plusieurs mois, l'Arche de Zoé recrute, sur son site internet et sur des forums spécialisés dans l'adoption internationale, des candidats à l'accueil des "orphelins du Darfour". Le message est sans ambiguïté:
"L’Arche de Zoé, association humanitaire œuvrant au secours des enfants depuis le tsunami du 26 décembre 2004, lance une opération d’évacuation des enfants orphelins du Darfour. Elle propose aux familles d’accueil qui le souhaitent de venir en aide et de prendre en charge dans leur foyer un enfant orphelin de moins de 5 ans, réfugié de la guerre au Darfour."
La première association à alerter le Quai d'Orsay est Enfance et familles d'adoption, dès le mois de mai. S'inquiétant d'une possible dérive -tous les Organismes autorisées pour l'adoption (OAA) déconseillent formellement ce genre de procédure sur des terrains de conflit-, le ministère des Affaires étrangères fait un "article 40" auprès de la justice. En clair, les diplomates dénoncent aux services du procureur de la République de Paris un éventuel délit.
Pour s'en assurer, Jean-Claude Marin ouvre une enquête préliminaire confiée à la Brigade de protection des mineurs (BPM). Courant septembre, les policiers retournent leur enquête aux juges: "Des choses pas très claires émanent de cette enquête, commente Laurence Abgrall, chargée de la communication au parquet de Paris, mais on n'a pas l'impression d'avoir à faire à des escrocs parfaits. C'était des projets et ils n'ont cessé d'affirmer que tout ce qu'ils faisaient était légal."
2 Pourquoi n'a-t-on rien pu empêcher?
Problème: ni la diplomatie, ni la justice ni les autorités politiques n'ont réagi immédiatement. Le pouvaient-elles? "Il fallait les mettre en prison, c'est ça?, ironise madame Abgrall. En France, ce n'est pas possible ce genre de choses." Soit. Finalement, le parquet ouvre une information judiciaire contre X pour "exercice illicite de l'activité d'intermédiaire en vue d'adopter" le 24 octobre 2007, jour de l'arrestation des neuf Français à Abéché. Trop tard.
Sans compter que l'Armée de l'air tricolore a transporté au moins trois fois des membres de l'association Children Rescue entre N'djaména et Abéché. Ses membres pouvaient aussi compter sur l'aide ponctuelle des militaires français déployés dans cette région de l'Est du Tchad.
Du côté des espions français, on jure avoir découvert l'affaire jeudi dernier, le 25 octobre, tout simplement parce que la surveillance des ONG spécialisées dans l'adoption internationale n'entre pas dans les préoccupations de la DGSE. Bien sûr, Paris aurait pu jouer de ses "relations bilatérales de proximité" pour dissuader les responsables de l'Arche de Zoé, mais le Tchad reste un Etat souverain.
En résumé, les services de l'Etat (justice comprise) ont probablement sous-estimé la détermination d'une poignée de militants, bien décidés à faire un coup d'éclat sur la situation au Darfour. A leur décharge, ils n'avaient pas forcément les moyens de les arrêter.
3 Comment sortir de la crise?
Dès vendredi 26 octobre, le régime du président Déby a sauté sur l'occasion. Dans un communiqué, son Premier ministre agite d'emblée l'accusation de "trafic d'enfants":
"Le Président de la République du Tchad Idriss Déby Itno s’est dit choqué par l’acte posé par l’Arche de Zoé qui trafique les enfants sous couvert d’assistance humanitaire. Selon lui, les neuf français répondront de leurs actes devant les instances compétentes. Au Tchad, l’enquête tente de déterminer si c’est un réseau organisé qui pratique le trafic d’enfants."
Comme le dit un observateur avisé, "on aurait pu sortir de la crise 'à l'africaine', en extradant nos ressortissants pour qu'ils soient jugés en France, mais les Tchadiens ont fait un autre choix". Et les "africanistes" de Paris de garder un oeil sur une situation hautement instable.
Depuis samedi soir, les protagonistes du conflit soudanais sont rassemblés à Syrte (Libye) pour discuter... De quoi? De futures négociations de paix qui pourraient s'ouvrir dans trois semaines. Explications d'un diplomate:
"Tout cela est dérisoire par rapport au règlement politique de ce conflit. Cette affaire fait objectivement le jeu de Khartoum qui peut dire: 'Regardez, les Occidentaux sont des salauds, des enleveurs d'enfants!' Or, aujourd'hui, les risques d'une extension de la guerre à Khartoum sont réels."
Dans un mois, la force européenne d'interposition -composée de soldats français, d'Allemands et d'Italiens- est censée se déployer le long de la frontière tchado-soudanaise. Premier pas vers une intervention onusienne qui se fait attendre depuis des années. En voulant attirer l'attention sur ce conflit oublié, les militants de l'Arche de Zoé auront (involontairement) fourni quelques atouts au régime soudanais
Par David Servenay (Rue89)
11:58 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
09:47 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

































